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Devoir de déconnexion

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L’article 55 de la loi travail a ramené au premier plan la XXème proposition du rapport « Mettling » sur le droit à la déconnexion.

Cette proposition avait fait l’objet d’échanges avec les représentants syndicaux – dont la CGT et la CFDT – afin de pallier à l’absence d‘évaluation du travail cognitif des salariés au forfait jour.

Un équilibre est ainsi recherché entre la réalité d’un devoir de connexion des managers et un droit à la déconnexion. Mais on cherche également à y protéger l’entreprise, compte tenu de sa responsabilité en cas d’accidents et de maladies directement imputables à l’absence de plages de repos suffisantes.

Imaginez un salarié répondant à un mail que vient de lui adresser son manager grâce à son BlackBerry au volant de sa voiture à 22 heures et ayant un accident. Vous comprendrez alors que la coupure de 11H de repos entre deux journées de travail n’est pas seulement un simple article du code du travail mais engage la responsabilité de l’entreprise !

Sans aller jusqu’à ces cas extrêmes, les dernières études – dont même le ministère du travail se fait l’écho – montrent les effets délétères d’une hyper connexion professionnelle. Un cadre serait ainsi alerté d’une notification, mail, SMS, appel sur messagerie instantanée toutes les 7 minutes. Sachant qu’il lui faut en moyenne 90 secondes pour se reconcentrer, calculez combien de temps peut-il vraiment être productif dans une journée ?

La connexion permanente amène à traiter les demandes sans recul, mais avec une volonté d’éviter d’être débordé en écopant au fur et à mesure. Les conseils d’utilisation du mail ne sont au mieux que des tris élaborés qui permettent une meilleure organisation, mais non pas une diminution des flux.

C’est ce flux ininterrompu qui créé une tension permanente, finissant par aboutir pour certains à un burn-out et pour d’autres à une véritable dépendance par intoxication. Je reçois 200 mails par jour, je me plains mais je montre aussi par ce chiffre mon importance stratégique dans l’organisation.

Le Smart-phone est une chaine pour un « esclavage » numérique souvent consentie et même revendiquée selon certains experts par les Gen Y ou Z. On pianote, on consulte au bureau, dans le train, au restaurant en mélangeant le professionnel et le privé dans une valse numérique qui ne fait plus de différence entre temps de travail et temps de repos.…

On dort de plus en plus mal et de moins en moins bien avec un téléphone qui reste parfois ouvert au pied du lit, voire sous l’oreiller, sans s’interroger sur cette addiction et ses effets à plus ou moins long terme.

Les entreprises ont trop souvent laissé faire les salariés qui adressaient des mails ou y répondaient à des heures d’insomniaques et l’article 55 de la loi travail siffle la nécessaire mise au point de l’arbitre et le rappel des règles.

Cet article demande en fait aux partenaires sociaux d’ouvrir des négociations sur ce sujet pour pouvoir si possible signer un accord permettant à chacun de comprendre les règles d’usage des outils numériques dans l’entreprise et du bien savoir travailler à l’heure du digital.

Il propose même, en cas de difficulté à signer un accord, de mettre en place une charte permettant de poser le cadre nécessaire à ces nouveaux usages. On le voit, cet article à une visée pédagogique et non coercitive ; mais à ne rien faire une entreprise pourrait en revanche se voir opposer son inertie et sa responsabilité si un salarié venait à se retourner contre elle pour des heures de travail supplémentaire ou des risques psychosociaux.

L’entreprise a donc tout intérêt à permettre à ces DRH d’ouvrir ces négociations, non pas sur un mode défensif mais dans une perspective de co-construction des modes de travail à l’ère de la transformation digitale.

Fermer les serveurs, déclarer des journées sans e-mail, sont bien sur des mesures qui font parler et permettent de mettre un coup de projecteur sur les travers de l’hyper connexion. Mais sans un travail en profondeur sur ce qui se cache derrière cette activité frénétique, on passera à côté du problème de fond.

Le débordement des boites mails, SMS professionnels et autres sollicitations digitales sont à mettre en rapport avec le type de management, le rapport à l’autorité, le niveau de responsabilisation, de confiance et de contrôle vécus par les salariés.

La phase de diagnostic nécessaire à ouvrir le dialogue entre partenaires sociaux pour envisager des solutions innovantes doit identifier ce lien entre la crainte de ne pas être en copie de mails ou de ne pas mettre l’ensemble des destinataires potentiellement concernés par le mail et le fonctionnement hiérarchique dans l’entreprise.

Le présentéisme numérique remplace et complète le présentéisme physique pour assurer son avancement dans l’organisation aux yeux de managers rassurés de voir des salariés autant impliqués dans leur travail.

Les accords, les chartes ne pourront rien sans une prise de conscience des managers du coût de ce présentéisme et du devoir vis-à-vis des plus intoxiqués de leur demander de se déconnecter ou de diminuer leur utilisation quasi maladive de ces outils.

Le cout de l’absence de déconnexion est encore à calculer, mais il est réel et lourd en terme de santé, de qualité du climat social, de productivité et donc de bénéfice pour l’entreprise.

Le volet psychologique de ce droit et devoir de déconnexion est capital pour ne pas apporter des réponses superficielles et nous y reviendrons dans un prochain billet.

Auteur

Vincent Berthelot

De formation RH et communication interculturelle Vincent Berthelot a développé le premier intranet RH dans un grand groupe de...

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Par Vincent Berthelot, le 17/08/2016