RH info

RSS

Articles
Imprimer Envoi email
Share
Conditions de travail > Télétravail
(0 commentaires) |
(1 votes )
|
Demain, tous nomades !
01.07.2014
(Il y a 1 mois)
Flore Pradère-Saulnier

Par Flore Pradère-Saulnier,
Responsable Recherche Entreprises chez JLL

On ne voyait en lui qu’un épiphénomène… le travail nomade a amorcé sa « révolution silencieuse ». Longtemps cantonné à un cercle restreint d’individus - commerciaux, consultants, télétravailleurs à domicile, il réunit aujourd'hui deux réalités distinctes :

  • D’une part, le télétravail, généralement formalisé par un accord d'entreprise et/ ou un avenant au contrat de travail ;
  • D’autre part, le travail mobile, beaucoup plus spontané et dispersé. L’étude des taux d’occupation des bureaux et de l’utilisation des différents espaces dans l’entreprise révèle ainsi que nous sommes déjà tous un peu nomades !

A l’intérieur de l’entreprise, le nomadisme élit domicile dans les salles de réunion, les espaces projets, les restaurants, les lieux de détente, les bureaux partagés. La mobilité est également temporelle, avec le développement des semaines compressées, du télétravail « en débordement », des horaires décalés.

A l’extérieur de l’entreprise, le travail nomade investit une sphère nouvelle, les tiers-lieux : des espaces qui ne sont ni le bureau, ni le domicile. Tantôt publics (transports, cafés), tantôt solutions business structurées (centres d’affaires, télécentres, espaces de coworking).

Résultat : si les statistiques officielles du télétravail1 affichent aujourd'hui une proportion de 10% à 15% de la population active, les enquêtes conduites auprès des cadres français révèlent que 73% d’entre eux2 travaillent en dehors de leur entreprise - dans les transports, à leur domicile, en week-end ou en RTT !

Le travail nomade trouve son « terreau » dans les profondes évolutions qui traversent la société.

  • La révolution technologique : diffusion à grande vitesse des outils « high tech » (smartphones, tablettes...) de la sphère privée vers le monde de l’entreprise, outils de visioconférence et de téléprésence, outils collaboratifs permettant d'échanger et de co-créer à distance, etc.
  • Un nouveau rapport au temps : connexion technologique permanente, immédiateté et don d’ubiquité ; frontières de plus en plus floues entre sphères professionnelle et privée.
  • Un nouveau rapport à l'espace, porté par la Génération Y : vers une sociabilité sans frontières.
  • Un nouveau rapport au travail : dans lequel l’interaction supplante la production, et le travail ne se définit plus par un lieu mais est affaire d’agilité, d’« empowerment » et de collaboration.
  • Enfin, un cadre environnemental « propice » : congestion des transports, augmentation des prix du carburant et montée des consciences environnementales... autant d’éléments œuvrant en facteur d’une revalorisation de la vie locale et de la réduction des déplacements.

Le nomadisme souffle ainsi un vent nouveau sur les entreprises. Alors qu’on le réduisait à du déplacement physique, il bouleverse les modes d'organisation et de management traditionnels, fournissant un formidable levier de performance aux entreprises. Il permet une plus grande efficacité : le travail gagne en quantité et en qualité. En termes d'environnement de travail, il invite à la rationalisation, à travers une réflexion sur les déplacements des collaborateurs, et sur leurs modes d'utilisation de l'espace. Sur le plan humain, le travail nomade fournit également un puissant outil de recrutement et de rétention des talents, véhiculant un signe fort en matière d’autonomie et de qualité de vie. Enfin, il sert les desseins éco-responsables de l’entreprise, au travers de la réduction des déplacements inutiles.

Toutefois, le nomadisme reste difficile à cerner, à organiser et à anticiper. Et peu d’entreprises lui ont, à ce jour, offert un cadre structuré. Le travail mobile continue de se heurter à des blocages côté employeurs, comme côté salariés. Il fait d’abord face à des appréhensions d’ordre pratique : confidentialité des données, technologie, contraintes juridiques. Mais ces dernières cachent généralement des craintes plus ancrées, liées à l’attachement particulier des Français à leur travail - être vu pour être reconnu - et à un encadrement pyramidal, qui s’accommode mal du management à distance et de la perte de contrôle sur le temps de présence.

Plutôt que d’ignorer le « phénomène nomade », l’enjeu pour l’entreprise consiste à orienter les nouveaux comportements à son avantage, en réfléchissant au cadre qu’elle souhaite leur offrir. Au lieu d’appliquer des recettes « toutes faites », il s’agira d’impulser une réflexion croisée de la DRH, la Direction de l’Immobilier, les services Informatique et Juridique, dans le but de développer sa propre vision de ce nouveau mode de travail.

En premier lieu, il faudra relever les défis humains liés à la mise en place de ce nouveau mode de management. En déployant une communication adaptée, supportée par un engagement fort de la Direction Générale. En identifiant les « bons candidats » au mode de travail dématérialisé et en repensant les modes relationnels - vers davantage de confiance réciproque. Enfin, en clarifiant les « frontières » entre temps professionnel et privé.

L'autre catégorie d’enjeux s'appuie sur la refonte de l'environnement de travail, afin de fournir le creuset propice à l'établissement des nouveaux modes d'organisation.

  • Une nouvelle stratégie en matière de localisation des bureaux. Compte tenu des déplacements des collaborateurs, vaut-il mieux une implantation unique, facile d’accès pour l’ensemble des collaborateurs ? Est-il préférable de concevoir l’entreprise comme un « système solaire », à la manière du Crédit Agricole, articulé autour d’un cœur situé à Evergreen à Montrouge, et d’un espace « Satellis » à St Quentin-en-Yvelines ? Ou faut-il la concevoir comme une « toile », sur le modèle d’IBM, qui a multiplié ses centres de travail et de production ? En la matière, les tiers-lieux peuvent fournir des alternatives intéressantes aux entreprises, en leur offrant des lieux complémentaires de leurs implantations principales, situés au cœur des villes pour accueillir leurs travailleurs nomades en transit, ou au sein des bassins résidentiels pour limiter les déplacements.
  • Réflexion sur les taux d’occupation et les usages des différents espaces. Le travail nomade est une formidable occasion de promouvoir de nouvelles façons de travailler, en proposant aux collaborateurs une vaste typologie d'espaces (ex: zones projets, bulles de concentration ou zones de silence, lounges, forum, espaces de réunions à géométrie variable, etc). C'est le principe de l’activity based workplace, visant à imaginer, pour chaque situation de vie et de travail dans l'entreprise (ex: besoins de concentration, de réunion, d'échanges informels, de socialisation, etc.), un espace adapté et performant - par opposition au poste de travail individuel qui, seul, peine à répondre à l'ensemble des besoins d'une journée.
  • Rationalisation & économies budgétaires. Le nomadisme peut par exemple être l'occasion de mettre en place des bureaux partagés, avec un réduction sensible des mètres carrés à la clé. Toutefois, la mise en place du travail nomade ne se traduit pas mécaniquement par une réduction des mètres carré. Elle est le plus souvent synonyme d'une redistribution de l'espace : dans le sens d'une diminution de la place allouée aux espaces individuels, au profit de plus d'espaces communs.
  • Conception d’espaces intelligents. La refonte de l’espace peut s'appuyer sur la conception d'espaces plus communicants, flexibles et modulables. Le Crédit Agricole l’illustre bien, à travers l’utilisation qu’il fait de son forum : espace de restauration de 11h à 15h, ce lieu accueille, en dehors de ces créneaux, des réunions d’équipes, des rencontres clients et des échanges informels.
  • Une place pour l’humain. L’adoption de l’espace nomade requiert l’instauration de nouveaux réflexes et de nouveaux repères. Les expériences conduites en matière de bureaux partagés ont révélé l’attachement de l’individu à son espace personnel ou, à défaut, à son territoire d’équipe. Les « Places de villages » chez Accenture répondent à cette logique : offrir la possibilité de se retrouver entre pairs, et de recouvrer un sentiment d’unité.

Et demain ? On aurait pu penser que le nomadisme sonnerait la fin des bureaux. Les expériences les plus abouties dans le domaine révèlent que c’est tout le contraire : dans un monde de plus en plus décloisonné, les bureaux apparaissent tels de nouveaux repères, des « phares » pour les nomades en transit. Ainsi, tout porte à croire que leur localisation restera essentielle, et que leur forme va profondément se modifier : avec l’émergence de nouveaux espaces - variés, intelligents et vecteurs de bien-être. Les bureaux porteront ainsi une promesse de taille, celle de pouvoir travailler « différemment », dans un espace-temps aux frontières repoussées.

_______________________
1 Défini comme le fait de travailler à distance au moins 1 journée (i.e. 8 heures) par mois.
2 Sondage Opinion Way / Tissot, Baromètre de Janvier 2010 sur la frontière entre vie professionnelle et vie privée

Commenter
If the image is illegible, click it to get another one.
* Champ(s) obligatoire(s)
Les favoris de nos lecteurs
Les dossiers RH info
Fonction RH et externalisation

15.06.2011

Tous les dossiers
Billet d'humour