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Formation : de qui se MOOC t-on ?
05.12.2013
(Il y a 4 mois)
Vincent Berthelot

Par Vincent Berthelot

La formation en France est mauvaise : jugement binaire et lapidaire, mais je m’appuie sur ma carrière de slasheur et avoir été responsable formation, enseignant, animateur de formation pour porter ce constat.

La formation initiale, qui auparavant avait au moins le mérite de préparer des têtes bien faites, ne cesse de se dégrader malgré des résultats de taux réussite au bac toujours meilleur. L’hésitation entre préparer intellectuellement et culturellement nos enfants au monde du travail ou tenter de rendre les enseignements bien plus proche du monde de l’entreprise pour permettre aux jeunes diplômés de trouver vite un emploi n’a jamais été tranchée et donne donc des résultats peu satisfaisants.

La formation en entreprise…c’est encore pire !

Pourtant le constat est assez simple, là où nous avions des postes avec des taches standardisées nous avons désormais des postes qui sont en interactions multiples qui nécessitent une bonne dose d’improvisation et de compétences en collaboration et communication.

Pourtant les formations n’ont guère changées. On choisit sa formation avec son manager (ou parfois celui-ci l’a choisi pour vous et vous en informe après !) dans le meilleur des cas en s’appuyant sur le responsable formation mais bien souvent par un catalogue ou internet. Selon les process du plan de formation il est courant de partir plusieurs mois après cette décision en formation, tant pis si c’était urgent ou si entre temps vos besoins ont changé.

La formation elle-même est comprise à 95% dans la ou les journées en présentiel, peu de préparation en amont et rarement de suivi. Ce schéma est parfait dans une entreprise avec des postes standardisés, c’est un cauchemar dans une entreprise avec des travailleurs du savoir.

A ces schémas sont venus se greffer les « révolutions » du E-Learning, des serious game, du blended learning, du social learning et désormais des MOOC. A chacune de ces nouveautés on a crié à l’innovation majeure qui allait bouleverser nos manières d’apprendre et de se former dans l’entreprise.

Les résultats sont en fait bien modestes. Les taux d’abandon en E-Learning sont faramineux, la réputation de ces formations est d’être des formations « low-cost » réservés aux employés lambda mais certainement pas aux cadres. On n’a pas l’impression d’être en formation car on est sur son poste de travail, appliqué à suivre le parcours prévu malgré les dérangements habituels du téléphone, des collègues…

On a donc rajouté une couche sociale au dispositif avec la possibilité parfois de s’appuyer sur un réseau social, une messagerie instantané voire de la visioconférence. L’idée est bonne mais le terrain mal préparé (temps spécifique affecté, lieu de formation dans l’entreprise) conduit généralement aux mêmes résultats qu’auparavant.

Enfin arrivent les MOOC, Massive open online course, qui agitent le monde de la formation et effraient quelque peu les acteurs actuels. OPCA, organisme de formation, Partenaires sociaux regardent d’un œil inquiet cet acteur international qui promet de pouvoir suivre des cours de Harvard, Stanford ou HEC mais aussi Google bientôt de chez soi et gratuitement ! Bon en fait le gratuit sera limité et si vous voulez des accréditations, diplômes vous devrez payer.

Encore une fois le modèle semble bon intellectuellement et sur le papier mais la question de son efficacité en entreprise reste posée.

Ces formations ne sont pas vraiment intégrées dans le plan de formation, vis-à-vis des managers et parfois leur imputabilité pose problème par manque d’encadrement pédagogique et leu mode self-service.

Il y a un travail en amont de l’introduction des modes de formation innovant qui est celui de leur compréhension et acceptation par les différents acteurs de la formation en entreprise. On doit repartir du besoin en formation puis le qualifier et enfin voir quelles sont les réponses pédagogiques possibles. Surtout on doit en profiter pour retravailler les phases amont et aval de la formation pour améliorer l’acquisition des compétences.

Le majeur problème de ces formations est le manque d’individualisation et cela ne peut être corrigé que par la partie sociale de ces solutions qui se heurte pour l’instant au même problème que le faible taux de réussite des RSE. Manque de temps, manque de motivation intrinsèque, manque de sponsorship de la direction comme des managers et absence d’objectifs clairs et des bénéfices à espérer.

La révolution digitale n’en est qu’à son début les MOOC sont une des voies de la socialisation du process de formation mais ne doivent surtout pas devenir des formations en boite ou en étagère !

Il serait d’ailleurs bon de lancer le premier MOOC de la RH digitale en France, il y a suffisamment de bons experts et de personnes intéressées pour y parvenir. L’appui d’un acteur reconnu de la formation serait un plus mais rien d’impossible quand on a les contenus et la suite d’outils gratuit sur le web permettant diffusion de vidéos, visio-conférence ou messagerie instantanée et modules sociaux.

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Aurélia Kérisoré18/12/2013 - 12:16

Bonjour,

Les grands esprits se rencontrent, dit-on communément. Nos analyses se rejoignent, je vous invite à lire également notre article sur le sujet sur notre site : http://ow.ly/rSmxw

Fabrice Frossard11/12/2013 - 17:45

Hello Vincent,

Bonne analyse comme souvent. Pour rebondir, comme le commentaire d'Isabelle, il ne faut pas oublier la motivation du "formé". S'il s'agit d'un réel alignement de la formation sur la volonté du formé et des nécessités de l'entreprise, le triangle est vertueux. Ce que tu décris est malheureusement vrai la plupart du temps.
Par ailleurs, sur l'économie du savoir et l'agilité nécessaire face à un environnement (tant en entreprise que dans le reste des compartiments de nos vies) en perpétuel évolution sous les coups de boutoir du numérique et des impératifs exogènes, je déplore toujours le manque d'apprentissage de l'apprrentissage. Apprendre à apprendre pour s'adapter est sans doute la formation princeps à avoir. Depuis l'école (qui est à coté de la plaque sur ce versant) jusqu'à l'entreprise. On ne peut pas susciter la pulsion épistémologique pour le dire pompeusement (autrement dit la curiosité et le besoin de comprendre), mais on peut néanmoins sensibiliser tout un chacun au besoin d'actualiser de manière récurrent nos savoirs et méthodes, normalement appuyés sur des fondamentaux solides.
Vaste programme.

Vincent Berthelot11/12/2013 - 12:37

Merci Isabelle , retour très intéressant, prenons contact pour un vrai témoignage alors :-)

Isabelle Petiau09/12/2013 - 19:22

Je viens de suivre à titre personnel pour tester ce genre de formation le MOOC de l'école centrale de Lille sur la gestion de projet : 5 semaines assez intensives (car j'ai bien sur voulu faire le certificat avancé !). Présentation commentée en vidéo, quizz, forum de discussion et d'entraide, mini-projets en groupe, possibilité de rencontres locales à l'initiative des participants, ... Avec des devoirs à rendre et à évaluer entre pairs suivant une grille d'évaluation et un examen final en quizz. Ouf !
Et travail obligatoirement régulier car les cours sont mis en ligne au fur et à mesur.
Pour ceux qui veulent certification payante.

Les participants sont de tous les âges et il y a aussi bien des étudiants que des salariés et même des retraités.

C'est une expérience hyper intéressante mais quand j'en parle autour de moi, elle suscite étonnement, voire rejet alors qu'il suffit de se programmer des plages de réunion sur son agenda !

Ce n'est peut-être pas adapté à tout mais il y a un public potentiel. De telles formations en partie prêtes à l'emploi éviteraient peut-être aussi des annulations par manque de stagiaire localement.

Bref j'y retournerai, ... à titre personnel ;-)

Denis Bismuth08/12/2013 - 18:16

Pas si sûr que la formation soit mauvaise. Peut être est elle même en parfaite adéquation avec le projet de notre société: reproduire les rapports sociaux à l'identique pour ne pas déséquilibrer le système. En parfaite adéquation avec le modèle social inchangé depuis la troisième république: le peuple est intrinsèquement trop ignorant pour qu'on puisse se passer d'une élite qui pense à sa place. Les conséquence dans l'entreprise sont nombreuses et désastreuses. Voir l'article à ce sujet sur le blog de metavision.

Berthelot07/12/2013 - 17:14

Merci pour vos deux commentaires.
Le CIF et le DIF marchent mal en France dont la prise en main par les salariés à encore du mal à être un réalité.

Oui je suis d'accord que les MOOC peuvent être un bon complément ou une alternative dans certains contextes si on ne recommet pas les erreurs du E-Learning.

Enfin les MOOC doivent être appréciés dans un environnement de social learning et non comme une réponse unique.

Je suis parfois formateur et je commence à me demander si c'est moi qui doit proposer désormais un environnement numérique aux stagiaires pour enfin avancer sur cette question.

La formation continue doit vraiment faire sa révolution !
Pour le programme de RH digital en MOOC j'espère en effet qu'il viendra rapidement il y a suffisemment d'expert et praticiens en France désormais, j'ai la liste !!!

Antoine Mollion07/12/2013 - 16:43

Bonjour Vincent

Bonne analyse sur les différents modes de formations en entreprise. Effectivement les modes de formations en entreprise ne sont pas toujours adaptés. Cependant, dans l'aspect préparation, il faut faire prendre conscience aux employées qu'ils peuvent être maîtres de leur formation. Il faut pouvoir présenter les modes les mieux adaptés en fonction du public cible.
En Amérique du nord, une tendance commence à apparaître: les employés sont responsables de leur évolution de carrière en trouvant les meilleurs moyens pour y arriver. De ce point de vue, il est vrai que c'est une dé-responsabilisation de l'entreprise.
Les MOOC sont sans doute un excellent moyen pour les individus, pas seulement les employés, de développer leurs compétences selon leurs intérêts. Ils ne s'inscrivent pas forcément dans la formation en entreprise mais l'individu peut avoir de nouvelles perspectives et développer de nouvelles compétences.
Personnellement, je suis des cours à HEC Montréal et en parallèle, en fonction de mes envies, je suis des cours sur lynda.com. Cela me permet de développer des compétences différentes.
Je pense que le milieu de l'éducation doit enseigner aux élèves que la formation a lieu tout au long de sa vie et non pas d'une date à une autre, sanctionné par un diplôme.
N'hésitez pas à commenter.
Merci

Vincent Datin05/12/2013 - 10:03

De nombreux DRH suivent discrètement les MOOCs depuis quelques mois. Le 1er MOOC RH Digitale est certainement dans les tuyaux...

Si les MOOCs effraient un peu les acteurs actuels, ils offrent également des parcours de formation jusque là impossible. L'outil est encore perfectible, mais il n'existe toutefois pas de pédagogie absolue. Les MOOCs sont issues d'un parcours académique, encore bien éloigné du monde de l'entreprise, il sera certainement nécessaire de "mixer" un certain nombre de bonnes pratiques (remettre au goût du certaines méthodes du e-learning et apporter l'aspect socialisation et collaboration propre aux MOOCs) afin d'en faire un outil pertinent et efficace... De quoi réjouir l'ensemble des acteurs.

Si la massification ne permet pas de prendre en compte la spécificité des besoins de chaque individu, de nombreuses orientations restent possible pour les MOOCs et répondent parfaitement aux tendances RH : introduire la notion de changement, susciter l'engagement, initier au travail collaboratif,former le personnel aux outils du web (productivité) et outils collaboratifs, rechercher des nouveaux talents...

L'arrivée des MOOCs d'entreprise et à plus forte raison ceux d'une RH digitale me semble inévitable, le principal enjeu auquel devront faire face les DRH sera certainement de conserver une dimension éthique dans l'utilisation de l'outil.

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