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Vous y croyez, vous, au partage et à la collaboration ?
28.08.2013
(Il y a 8 mois)
Patrick Bouvard

Par Patrick Bouvard

Les entreprises vivent – c’est un truisme – dans un contexte de guerre économique. La compétition est externe, mais elle est aussi interne ; et à la vérité, ces notions d’externe et d’interne ne correspondent plus à la réalité des entreprises d’aujourd’hui. Les frontières sont devenues poreuses et c’est tout un écosystème à géométrie variable qu’il s’agit désormais de considérer.

La problématique est assez cornélienne : comment amener des professionnels qui se situent mutuellement comme des concurrents et des presques-adversaires – si ce n’est, dans certains cas, des adversaires avérés – à coopérer dans un partage de connaissance, surtout lorsqu’on connaît le lien ressenti entre savoir et pouvoir ?

Si le nerf de la guerre est bien l’information, alors certains peuvent facilement se laisser porter à penser que la rétention d’information est une nécessité stratégique pour eux ! Cela semble la logique même, ou en tous cas la plus spontanée ; mais nous allons voir que c’est en réalité un contre sens profond, la plus mauvaise manière de comprendre le rapport à la connaissance – et d’ailleurs aussi la conception d’une stratégie. Machiavel lui-même, que l’on invoque volontiers pour caractériser l’art du calcul le plus sophistiqué, affirme que « celui qui veut que les autres lui disent ce qu’ils savent doit leur dire ce qu’il sait ; car le meilleur moyen d’obtenir des informations est d’en donner ».

La problématique de la coopération et du partage des connaissances ne saurait, en effet, faire l’impasse sur la dimension psychologique et affective des relations professionnelles. En d’autres termes, la connaissance est une notion intimement liée à l’humain, ses modes de représentations, ses désirs et ses tabous.

Certains, pour pallier à cette difficulté et à ses aspects irrationnels, tentent de rassembler les divergences entre les hommes autour d’une convergence d’intérêt qui leur seraient communs. La logique de communautés d’intérêts, qu’elle soit structurée autour de réseaux, de pratiques professionnelles ou de projets « coopétitifs » par exemple, est naturellement plus susceptible de favoriser une logique de partage et de coopération qu’une simple invitation gratuite à donner son savoir. La reconnaissance par les pairs et la proximité avec les centres d’intérêts effectifs sont évidemment, dans cette optique, des atouts réels. Mais croire que réunir des personnes qui partagent un même centre d’intérêt suffit à les inciter à partager ce qui fait leur pouvoir individuel semble encore naïf. Les expériences menées de la sorte ne donnent que des résultats limités, portant sur des connaissances plus génériques que stratégiques ; car une connaissance reste stratégique tant qu’elle procure un avantage compétitif significatif à celui qui la détient ; elle devient obsolète – du moins à titre individuel – dès qu’elle est partagée.

C’est donc bien une question de motivation individuelle qui se pose. Certes, « il faut donner pour recevoir »… mais qui commence ? Les communautés présentent des taux de participation certainement plus élevés, mais les règles habituelles seront constatées : ce sont toujours les mêmes qui contribueront. En d’autres termes, elles modifieront de façon significative la qualité des contributions individuelles plus qu’elles ne règleront l’épineuse question de l’intérêt individuel à partager son propre savoir.

C’est une certaine évolution de mentalité qu’il faut ici envisager, en passant d’une notion de « connaissances partagées » à une notion « d’intelligence collective », si tant est que l’on précise de quoi il s’agit. C’est un enjeu majeur pour les entreprises, et sans doute une des missions les plus sensibles pour la Gestion des Ressources Humaines.

Ce qu’il faut comprendre pour avancer vers une résolution de cette difficulté, c’est que l’interaction entre les individus stimule leur intelligence ; l’information et la communication sont des moteurs d’intelligence. Le management des connaissances n’existe que là où les pratiques d’information et de communication, qu’elles soient anciennes ou nouvelles, permettent cette fécondation mutuelle : parler d’intelligence collective peut trouver un sens dans cette seule mesure. La connaissance comme « savoir possédé » est statique. L’intelligence est mobilité, adaptation permanente du savoir, évolution de la connaissance.

« Il y a plus d’idées dans plusieurs têtes que dans une seule », dit un dicton souvent invoqué ; ce qui semble réduire la créativité à une notion de cumul quantitatif… et l’intelligence à un enrichissement culturel mutuel, ce qui est loin d’être le cas ! Et de fait, nombreux sont ceux qui confondent l’érudition avec la culture, et la culture avec l’intelligence. Nombreux sont ceux – même parfois, d’ailleurs, du haut de chaires illustres – qui compensent la faiblesse de leur compréhension par une certaine extension de leur savoir ou par une bonne maîtrise de leur mémoire.

Or si les Technologies de l’Information et de la Communication montrent précisément, une chose, c’est qu’il est inutile d’encombrer notre mémoire organique d’une foule de données et d’informations… si nous savons où et comment aller les chercher, et qu’elles sont disponibles en tout point du globe 24H/24, dans des délais n’excédant pas quelques minutes, voire quelques secondes ! Au contraire, profitons-en pour libérer davantage les ressources de notre intelligence, comme l’évoque Lao Tseu dans une image très juste : « Murs, portes et fenêtres forment la maison. Mais seul le vide de la chambre, son espace intérieur, permet d’y habiter ».

La capitalisation des connaissances n’est pas un « réservoir commun » des savoirs, c’est une ouverture de l’intelligence, un développement de la connaissance individuelle… au service du collectif.

Dès lors, la question du rapport entre savoir et pouvoir ne se pose plus de la même manière : pourquoi aurions-nous la crainte de perdre notre pouvoir en partageant nos connaissances, si notre intelligence s’en trouve fécondée, et par là plus créatrice ? Le vrai pouvoir réside-t-il plus dans le savoir acquis ou dans la créativité ? A-t-on davantage intérêt à thésauriser un savoir statique qu’à décupler sa connaissance de façon dynamique ?

Car c’est aujourd’hui la manière d’exploiter une connaissance, de l’interpréter, d’en extraire tous les potentiels, de relier de multiples informations, contextes et environnement qui est vraiment stratégique, et non la simple possession cumulée de données acquises.

Pour le dire autrement : tout le monde peut tout savoir, ce n’est pas ça qui rendra tout le monde intelligent. Il n’y a donc pas tant de crainte à avoir de partager son savoir.

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Aurore11/02/2014 - 05:16

Merci pour cet article, que je partage ...
Cette intelligence collective que l'on retrouve dans le partage est aujourd'hui au cœur et l'essence meme de nos réseaux sociaux . Et du coup cette information "intelligente" nous rend à la fois meilleur dans nos savoirs et dans nos savoirs faire car nous permet de ne pas partir de zéro mais d'empiler nos réflexions et de laisser encore mieux s'exprimer notre créativité. Mais seule condition : ne pas se laisser noyer par trop d'informations qui freinent l'action !

ANNIE DEVAL10/02/2014 - 11:14

Tout à fait d'accord, Mutualisons nos connaissances. Le partage est essentiel pour avancer

Jacky noblecourt09/02/2014 - 13:23

Ceci me rappelle: le triangle social de Richard SENNET " Ensemble: pour une éthique de la coopération"............Autorité acquise , respect mutuel , coopération.....

sarahllys05/10/2013 - 10:44

Le vrai pouvoir réside dans la pensée.
L´homme ne pense pas.
Certains hommes pensent.
Ceux qui ne pensent pas ou ont des problèmes ou des difficultés à le faire n´aiment pas penser. Voilà le problème et la racine du conflit entre penser et partager la pensée.
Votre article m´a plu. Grand merci pour le partager.

Alain Paruta09/09/2013 - 10:25

Bonjour Patrick et Bonjour à tous
Un grand merci Patrick, pour avoir la générosité de partager avec nous vos réflexions, auxquelles je souscris parfaitement. Je me souviens d'un professeur d'art martiaux qui disait :"vous n'êtes pas assez égoïstes pour être généreux" (donner pour recevoir)
Quand je partage, je fais ainsi acte de générosité, ce dont je suis déjà récompensé, parce que ça me fait plaisir de le faire. Ma récompense ou rétribution est déjà là, dans le simple fait de donner, et cela m'enrichit au passage. J'apporte ma contribution, si modeste soit-elle, et je m'inscris ainsi dans une dynamique d'échanges qui fait grandir et progresser. Le message grandit ainsi que son messager.
Je fais le constat suivant : Ce qui est capté et retenu se fige et perd de sa valeur, ce qui est transmis et partagé se développe, s'enrichit et enrichit.
Je crois en l'abondance et au partage.
Les connaissances, les idées et l'Amour sont infinis et nous en sommes les messagers.
Je garde pour moi ? je me prive de la joie et de l'enrichissement du partage.
Je partage et transmets ? je m'inscris dans la Vie dont je participe à perpétuer le merveilleux mouvement ...
Belle rentrée à tous et toutes
Chaleureusement.

Anonyme30/08/2013 - 11:34

Bonjour Mr Bouvard,
Je vous remercie pour ces vérités..de l'analyse à la conclusion. Je suis entière d'accord avec vous. Le partage de la connaissance démontre de l'intélligence et permet d'en créer également..sauf que...
Le monde d'aujourd'hui ne se développe pas aussi vite que les concepts et principes qui gèrent encore notre existence. Dans mon métier lorsque je partage, il n'y a pas de retour car bien trop souvent...tout revient à une notion de rentabilité ou de pouvoir.
Qui s'implique réellement sur la durée actuellement ? Chacun y va pour une nomination...ou pour une facturation.
Partager....alors qu'aujourd'hui on nous apprend à consommer...
Votre vision philosophique m'interesse beaucoup et je partage à mon niveau votre souhait en essayant d'échanger et en mettant le peu de connaissance à disposition.
Bien cordialement

O.C29/08/2013 - 18:12

je pense que la crainte de patager et légitime de nos jours et à mon avis l'ésprit du groupe n'est plus qu'une vitrine qui cache un désire de se distinguer....

Damien Malène29/08/2013 - 17:38

Combien ce que vous écrivez se révèle vrai !
Par exemple dans les réseaux sociaux, ceux dits professionnels, sur le point du "Partage et la collaboration" :
Ce que je constate, mais je n'ai que l'expérience des deux les plus connus, c'est par exemple le nombre d'inscrits à des groupes de discussion, 400 ici, 250 là, 3000 plus loin.
Combien parmi eux contribuent à donner du volume, de l'ampleur, du nouveau, à des thèmes de discussion parfois riches ?
Ce sont toujours les même dix, quinze participants qui développent un "plus". Et vingt autres qui se fendent d'un "like". Que font les centaines d'autres ?
Combien de thèmes de discussion restent sans écho malgré leur intérêt ? Ou bien sont aspirés pour servir d'inspiration, à ceux qui en manquent, sans feed-back de leur part ?
Dans cet océan d'indifférence (ou d'égoïsme) surnage ici ou là une île d'intérêt ou de générosité. On le voit au chiffre des contributions indiqué par Linkedin ou Viadéo.
Merci pour votre article.

LO BONO29/08/2013 - 17:17

oui je crois au partage et à la collaboration à condition qu'il y ait une motivation forte autour d'un projet à partager.
Le partage et la collaboration deviennent alors un formidable effet de levier pour booster la dynamique de travail et promouvoir l'intelligence collective

EUGENIE28/08/2013 - 12:43

oui, je crois au partage et à la collaboration .
car c’est l’interaction entre les individus qui stimule l'intelligence
Le partage d’information et la communication sont les moteurs de l'intelligence collective.

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