
« Les grands de ce monde savent que leur façon de faire la guerre décidera du sort de la paix mais depuis la grande récession, ils ne savent quelle approche stratégique employer ». C'est en ces termes que Ranjay Gulati, Nitin Norhria et Franz Wohlgezogen débutent un article intitulé Sortir de la récession, publié en mai 2010 dans la Harvard Business Review. Cette étude s'intéresse au lien entre la stratégie adoptée par une entreprise et sa performance au sortir de la crise.
Face aux difficultés, deux principales stratégies ont été adoptées. D'un côté, certaines entreprises ont été tentées par une attitude défensive. Celle-ci consiste à limiter les pertes en réduisant les coûts et les investissements. Ces firmes se concentrent sur ce qu'elles savent bien faire, elles planifient leurs actions de recherche, standardisent leurs procédures, misent sur les investissements informatiques et capturent leurs abonnés grâce à des formules de forfaits. A l'inverse, certains entrepreneurs adoptent une posture offensive : ils profitent de la crise pour prendre des positions, conquérir des clients, pousser la recherche et le développement et investir dans le long terme. Ces entreprises se lancent des défis. Elles misent sur leur idéal de référence et leurs réseaux afin de résister. Elles n'hésitent pas à aller à contre-courant quitte à inventer leur propre modèle.
Pour la Harvard Business Review, les entreprises gagnantes n'appartiennent à aucune de ces deux catégories. Les entrepreneurs heureux sont ceux qui, se préservant de ces deux extrêmes, les ont savamment combinés. Mais ce dosage savant entre le repli dans la citadelle et les chevauchées hardies se révèle t'il la clef du succès sur la longue durée ? L'étude de huit personnalités historiques ayant réussi à triompher d'une crise montre que sur le long terme, les politiques heureuses vont bien au delà des calculs de positionnement. Les stratégies gagnantes reposent souvent sur une personnalité charismatique, sachant s'entourer, ayant une vision globale du monde ainsi que de véritables capacités d'anticipation. Les stratèges sont à la fois des pacificateurs et des hommes de guerre. Leurs objectifs dépassent de loin l'horizon des crises conjoncturelles, ils sont fixés dans la durée. Ceci leur est d'autant plus difficile que les troubles économiques s'accompagnent souvent d'autres dérèglements, qu'il s'agisse de pannes de l'innovation, de ruptures démographiques ou bien de crises de sens. Les stratèges savent puiser dans leurs lectures une intelligence du monde les mettant cent coudées au dessus de leurs rivaux. On ne s'étonnera pas qu'ils soient souvent des artistes capables d'entraîner les imaginations et d'inventer des solutions inédites.
Mais surtout ces hommes placent le bien commun au dessus de leur intérêt personnel. Les véritables stratèges sont par conséquent des altruistes. La force du stratège, c'est en fin de compte sa vision de l'homme et de l'au-delà. Conscientes des chutes de l'homme, les stratégies gagnantes ne font jamais l'économie du sacrifice et à ce titre contrastent avec des mesures technicistes prétendant remédier au mal sans poser de véritables choix.
François Giroux25/01/2012 - 18:18
Cette approche me semble rejoindre ce que nous décrivons aujoud'hui comme le leadership transformationnel, appuyé par une capacité de vision mobilisante, mettant à profit l'intelligence des humains.