
Une vision complémentaire que celle développée dans l’article « Le vrai sens de l’externalisation »1 peut être avancée.
D’une logique de création de valeur pour l’entreprise et la fonction RH
L’externalisation prend en effet tout son sens dans l’allégement des tâches administratives, contraignantes car complexes, chronophages, répétitives et risquées. Sécurisant les basiques de la fonction RH, l’externalisation permet de s’engager plus activement encore dans la voie du développement des talents. Elle permet ainsi de focaliser ses énergies sur ce qui contribue véritablement à la performance de l’entreprise et à sa croissance : management de l’innovation, reconnaissance des potentiels, élargissement des compétences, engagement et motivation, sérénité du climat social.
En ce sens, l’externalisation répond parfaitement à une logique de valorisation du capital humain, seul vecteur de différenciation concurrentielle durable. C’est le « vrai sens » de cette pratique.
La croissance continue de l’externalisation RH depuis 10 ans ne saurait cependant s’expliquer uniquement par cet unique avantage stratégique.
A une logique de création de valeur pour les actionnaires
Confrontées à une compétition effrénée et aux conséquences de « la crise », nos entreprises doivent sans cesse améliorer leur rentabilité.
Cette impérieuse nécessité de création de valeur pour les actionnaires et d’amélioration du résultat net par action, se décline en trois axes d’actions :
- Economiser à court terme : -20 % sur les coûts,
- Variabiliser les coûts à moyen terme : 80% de coûts flexibles,
- Mettre en concurrence les prestataires sur le long terme : 100% de pression continue sur les tarifs.
En cette période particulière, réduire les coûts en maintenant le niveau de service et de qualité, demeure un objectif prioritaire des Directions générales2 . La fonction RH est à ce titre logée à la même enseigne que toutes les autres fonctions opérationnelles. L'externalisation permet de diminuer les coûts de l'activité RH déléguée à un prestataire, grâce aux économies d'échelle elles-mêmes permises par les effets conjugués de la mutualisation et de la spécialisation du partenaire.
Passer par un fournisseur permet également de flexibiliser une partie de sa structure de coûts, de passer de frais fixes internes à une facture commerciale variable correspondant à la prestation exactement et effectivement consommée. Il s'agit bien de payer uniquement ce dont on a besoin. Avec l'externalisation, la fonction RH développe ainsi une prévisibilité quasi parfaite de ses coûts et une agilité économique corrélée à l’activité de l’entreprise.
Ainsi, comme gisement de rentabilité à court terme, l'externalisation de certaines activités administratives de la fonction RH répond à cette autre logique de financiarisation de l'économie réelle.
L'externalisation RH est donc à double sens. Elle répond simultanément à une logique financière structurelle des marchés, exacerbée par un aléa conjoncturel («la crise»), et à une logique entrepreneuriale de développement des Ressources Humaines comme facteur de différenciation stratégique.
Le parallélisme de ces deux logiques signifierait-il que les actionnaires deviennent plus clairvoyants, comprenant que la valorisation du capital humain sert à terme leurs propres intérêts d’accroissement de valeur ? Si tel était le cas, l’externalisation RH ferait alors d’une pierre deux coups en ménageant la chèvre et le chou.
1 - Cf. «Le vrai sens de l’externalisation», www.RHInfo.com, le 8 février 2010.
2 - Cf. «La fonction RH dans la crise : faire faire pour faire face», www.RHInfo.com, le 4 septembre 2009.
BRETON07/11/2011 - 16:00
Je n'y comprends peut être pas grand chose, mais voilà la réflexion que je me suis faite: Si mon employeur me donne un travail requérant mon unique bras droit, je laisse le gauche à la maison? Si je suis malade, est-ce que mon mari vient travailler à ma place? Non....Alors pourquoi mon employeur ne prendrait-il pas la peine de me gérer plutôt que de confier cette tâche à d'autres, et considérerait-il qu'une partie de ma gestion n'est pas digne de lui?
L'aspect financier seul peut expliquer l'externalisation des RH. Si les DRH étaient effectivement positionnés en tant qu'acteurs stratégiques de l'entreprise, et qu'il leur était donné les moyens humains et financiers de mener à bien leur mission, ils ne seraient pas obligés sans cesse de justifier leur présence et leur action, et n'en seraient pas réduits à choisir entre les différents aspects de la gestion, amputant leurs administrés d'une partie d'eux mêmes. A l'heure où l'on parle de replacer l'homme au cœur de la stratégie de l'entreprise, je vois mal comment on peut concevoir que certaines tâches administratives sont ingrates...
Patrick Bouvard09/11/2011 - 17:30
@Breton : Vous faites en effet une confusion : il ne s’agit pas d’externaliser les RH ou la GRH elle-même – ce qui mériterait largement toutes vos critiques –, mais bien certaines parties administratives de cette gestion, qui n’impactent en rien ce que vous êtes, ni en tant que salarié, ni en tant que personne humaine ! Considérez-vous que vous êtes mal soignée ou méprisée parce que ce n’est pas votre médecin qui s’occupe personnellement des démarches administratives permettant de vous rembourser ? Si vous étiez à votre compte, vous considéreriez-vous amputée d’une partie de vous-même parce que vous auriez recours à un expert comptable ? Les tâches administratives ne sont pas « ingrates », elles sont plus que jamais hyper techniques – les SIRH sont, en outre, de plus en plus automatisés – et peuvent requérir le service d’un spécialiste : les exigences de conformité et de sécurité sont devenues telles que peu d’entreprises sont capables de les traiter de façon satisfaisante. Chacun son métier ! Maintenant, il reste vrai que les DRH doivent effectivement être positionnés en tant qu’acteur stratégique de l’entreprise !